Chronique médicale : La pubalgie chez le sportif

14 novembre 2017 Ecrit par  Dr Franck Poisson

La pubalgie est une douleur souvent redoutée par les sportifs, car elle peut représenter une pathologie de longue durée. Toutefois, ce n’est pas une fatalité et je vais tenter de vous l’expliquer et de vous donner des mesures préventives, qui peuvent permettre de l’éviter.

 

Elle reste aussi pour nous, médecins, une pathologie qui peut être difficile à appréhender. Ce terme de « PUBALGIE » est en fait un fourre-tout médical, dans lequel de nombreuses pathologies, très différentes les unes des autres, peuvent s’y retrouver. Donc, il très important de mieux préciser ce terme. Pourtant un diagnostic plus précis et précoce après un examen précis peut en raccourcir l’évolution.

 

Les sports les plus concernés sont ceux qui imposent une stabilisation du bassin et un appui monopodal (sur un seul pied), avec des changements de directions rapides et fréquents, des dribbles… Le football en est le meilleur exemple, mais aussi le rugby, le handball, l’athlétisme, la course à pied, le hockey sur glace, l’escrime. On peut plus rarement en trouver chez des travailleurs, sur certains postes répétitifs, et chez la femme enceinte.

 

La pubalgie chez la femme est très peu abordée chez les auteurs français. Sur une population de 479 hommes et de 144 femmes pratiquant le football, Karlsson, un auteur suédois, montre que l’incidence des pubalgies est de 55 % chez les hommes et de 28 % chez les femmes.

 

 

Petit rappel anatomique

 

Pour bien comprendre cette pathologie, il faut expliquer d’abord schématiquement l’anatomie de la région :

 

Les 2 os du bassin, les Iliaques, s’articulent en avant par 2 branches qui forment la symphyse pubienne, et en arrière avec le sacrum. Ces articulations sont reliées par des ligaments. Il est important déjà de savoir que ses articulations ont très peu de mobilité mais ne sont pas fixes non plus.

 

Des muscles puissants viennent s’insérer sur cette symphyse pubienne : les grands droits de l’abdomen en haut et les adducteurs en bas. Il y a aussi les psoas et les obliques qui participe par leur contraction à exercer sur cette symphyse pubienne des tractions et des forces de cisaillement, dans les 3 plans de l’espace, sur une articulation qui, je le rappelle, est peu congruente.

 

La moindre instabilité ou le moindre déséquilibre des forces appliquées sur le pubis va provoquer cette douleur.

 

 

 

Quels sont les symptômes ?

Cliniquement, le sportif se plaint d’une douleur de la région autour du pubis ou du pubis lui-même. Celle-ci peut irradier vers les abdominaux ou vers les organes génitaux, ou la partie interne des cuisses. Cette douleur est souvent uniquement gênante pendant le sport au début puis peut devenir invalidante dans les gestes de tous les jours.

 

L’examen médical va tester la compétence des différents muscles stabilisateurs et mobilisateurs du bassin et des hanches, va tester les insertions tendineuses de ces muscles, va tester les creux inguinaux et pour finir il faudra rechercher des pertes de mobilité des sacro iliaques, de la charnière lombo sacrée, des 2 hanches et du pubis. Il faudra aussi éliminer un problème digestif ou urogénital.

 

 Grossièrement, on retrouve plusieurs formes de pathologie :

Les tendinites des adducteurs

Les tendinites ou de lésions des muscles abdominaux

La souffrance de l’articulation pubienne elle-même

Les douleurs inguinales comme les hernies inguinales

Les douleurs des hanches, causées souvent par de l’arthrose ou des lésions du bourrelet de la hanche.

 

Des douleurs d’origine neurologique en rapport avec le sacrum et le coccyx

 

 

 

Quels sont les examens pour préciser le diagnostic ?

 

La radiographie du bassin et de la symphyse pubienne, et ensuite l’échographie, permettent de bien préciser la pathologie le plus souvent, en plus de l’examen clinique complet. L’IRM a un intérêt dans les formes rebelles et surtout en pré-opératoire (tout comme la scintigraphie osseuse).

 

 

Quel est le traitement ?

 

En premier lieu, il faut traiter les facteurs favorisants : corriger le geste sportif néfastes ou diminuer son utilisation, adapter le chaussage au terrain, mieux gérer la charge d’entrainement, la fatigue, mieux appliquer les règles de vie saines, et s’hydrater suffisamment (je rappelle : 1,5 litre par jour d’eau, plus 1 litre par heure d’entrainement à répartir dans la journée).

 

Il faut traiter les facteurs intrinseques favorisants que sont : l’anteversion du bassin, une hyperlordose lombaire compensatrice, une inégalité des membres inférieurs, une limitation de mobilité des hanches, un déséquilibre entre les groupes musculaires autour du bassin : fessiers, adducteurs, abdominaux, ischio jambiers, psoas, fascia lata.

 

Le traitement médical va consister à observer une période de repos sportif d’en moyenne 2 à 3 mois, pour faire disparaitre cette douleur quotidienne, avec la prise possible d’anti-inflammatoires. Pour faire diminuer la douleur, on peut aussi avoir recourt à la mésothérapie, voire aux infiltrations.

 

Les interventions chirurgicales sont à réserver aux formes pariéto-abdominales (douleurs de la région des orifices herniaires), pour retendre la paroi abdominale. Les ténotomies (sections des tendons) sont parfois proposées avec un succès faible toutefois car souvent les indications sont mal posées.

 

Le kinésithérapeute va avoir un rôle important dans votre guérison et pour éviter la réapparition de ses douleurs ; son travail va consister à étirer puis rééquilibrer puis renforcer les différents groupes musculaires pour assurer une excellente stabilité de la région. Ce travail se fait par les étirements, et le renforcement sur un mode excentrique principalement. Le kinésithérapeute enseignera le protocole Pau Toronto qui pourra être appliqué à la maison.

 

L’ostéopathie a aussi son importance dans la restitution des mobilités des articulations et dans le relâchement musculaire te tendineux de la région. Elle permet aussi de corriger les troubles posturaux.

 

Le podologue du sport aidera lui aussi à corriger les troubles posturaux, par la confection d’orthèses correctrices si besoin.

 

 

Comment prévenir ces blessures ?

 

Les pubalgies étaient un véritable fléau dans les années 70-80, mais la compréhension de cette douleur, et les programmes de prévention mis en place dans les clubs de football ou de hockey en NHL ont permis de faire grandement diminuer ces pathologies.

 

La prévention des pubalgies passe par un programme d’étirements de tous les muscles du bassin, 2 à 3 fois par semaine. Il faudra aussi prévoir un programme pour garantir une bonne mobilité des hanches et du bassin.

 

Le renforcement musculaire des abdominaux et des dorsaux passe par le gainage, qui est primordial. Oubliez les crunches, trop dangereux pour le rachis et le périnée si mal faits. Prônez le gainage statique et surtout le travail en chaine croisée qui est très important.

 

À cela, il faut ajouter les règles de prévention classiques des tendinites : hydratation avant, pendant et après l’effort, régime alimentaire équilibré, sommeil correct, dépistage de carries ou de sinusite chroniques, port de chaussures adaptées, bilan podologique et postural avant saison…

 


Les 6 positions classiques de gainage

 

Exemples de gainage en chaines croisées

 

 

Franck POISSON

 

Médecin du Sport, à Caen Santé Sport

Médecin de l’USO Mondeville, des Drakkars de Caen

Médecin de l’Equipe de France Féminine de Basketball

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