Football. La métamorphose Dorian Le Gall

12 octobre 2017 Ecrit par 

Si l’ASPTT Caen réalise un si bon début de saison, marqué par une première place en Régional 1 et une qualification pour le sixième tour de la Coupe de France, elle le doit en partie au rendement spectaculaire de son avant-centre. Dorian Le Gall a déjà inscrit onze buts en compétition officielle. L’année dernière, il avait plafonné à… quatre réalisations.

 

Depuis le début du championnat, Dorian Le Gall voit double. L’attaquant de l’ASPTT Caen ne louche pas, il marque simplement deux buts par match. « Il va falloir qu'il passe aux triplés », sourit Laurent Dufour. L'avant-centre s'y est astreint en Coupe de France, contre la modeste équipe de Cormelles (D1), confirmant sa capacité à planter dans n'importe quel contexte. Dorian Le Gall, championnat et Coupe de France compris, en est à onze réalisations cette saison. « Pour l'instant, j'ai trop de réussite, constate-t-il avec un certain étonnement. Je profite du début de saison de l'équipe. Les gars font pas mal de choses pour me faire marquer. »

 

Sniper d’une équipe leader de Régional 1 avec trois victoires en trois matchs et trois buts marqués par rencontre, Dorian Le Gall revient de loin. La saison dernière, malgré son impact dans le jeu de son équipe, il n’avait inscrit que quatre malheureux buts. « Je n’ai jamais mis beaucoup de buts, rappelle-t-il comme une évidence. J’étais surtout un charbonneur, pas un finisseur. » C’est vrai qu’à l’AG Caen, déjà, ce n’est pas dans ce registre qu’il brillait le plus. L’étudiant en STAPS tournait à une dizaine de buts par saison. Julien Le Pen, qui l’a coaché à l’Avant Garde, se souvient toutefois d’un joueur « très athlétique, puissant, mais aussi très à l’aise techniquement et extrêmement dangereux pour les défenses adverses dès qu’il touche la balle en zone de finition ».

 

Seulement six ans de foot dans les jambes

 

Des qualités qui n’avaient pas échappé à Laurent Dufour quand son équipe était à la peine en CFA 2, il y a deux ans. Le technicien postier avait tenté de convaincre le jeune homme de le rejoindre dès la mi-saison. Dorian Le Gall, qui évoluait alors en DSR, avait poliment décliné. « J’étais très surpris qu’il m’appelle parce que je ne faisais pas une grosse saison. Je n’avais pas tant joué que ça en plus, notamment à cause d’une pubalgie. Je flippais. Pour moi, c’était impossible de jouer avec des mecs comme Léo Hamel, Maxime Roynel, Clément Pannier, Kevin Lecacheux… D’ailleurs, je me sentais toujours très loin de ces gars-là lors de ma première saison. » Malgré ses doutes, une constante chez lui, Dorian Le Gall a franchi le pas l’été suivant. Un virage majeur dans sa jeune carrière.

 

 

À 23 ans, Dorian Le Gall a la particularité d’être encore tout frais dans le football. Ancien tennisman prometteur, passé notamment par le tournoi des Petits As, il a débuté le foot alors qu’il était lycéen. « J’ai commencé dans un petit club en Picardie, d’où je suis originaire, au niveau départemental. J’ai fait une année en U18, puis je suis monté chez les seniors. Quand je suis venu à Caen pour mes études, j’ai signé à l’Avant Garde un peu par hasard, parce que mon cousin (Julian Dendura) y jouait. » La DSR, le deuxième niveau régional, lui a permis de se faire connaître au cours des deux années qu’il y a passé. Mais c’est bien en Régional 1, l’ex-Division d’Honneur, qu’il explose actuellement.

 

Le mental, le physique et le collectif comme clés de la progression

 

L’ascension soudaine puise ses racines dans de multiples facteurs. Le premier d’entre eux est sûrement mental. « Il a pris plus confiance en lui, ça part de là, estime Clément Pannier, ce gardien qu’il regardait encore avec de grands yeux il n’y a pas si longtemps. Il prend conscience de son potentiel. Avant, il pensait ne pas avoir sa place aux PTT. S’il marque but sur but, c’est qu’il y a eu un déclic. » De l’humilité au manque de confiance, la frontière est parfois ténue. Et la modestie de Dorian Le Gall, qui n’a rien de feint, a parfois constitué un frein dans son évolution. « Il a pris confiance en lui et l’équipe également, complète Laurent Dufour. C’est un joueur d’équipe avant tout. L’année dernière, il était au service des autres, et la réciproque n’était pas exacte. Aujourd’hui, il récolte les fruits de son travail. »

 

C’est là un autre paramètre majeur du rendement qu’enregistre l’avant-centre. Désormais, d’autant plus à la suite des départs enregistrés par les PTT durant l’intersaison, le jeu offensif des Jaunes et Noirs tourne essentiellement autour de leur attaquant d’1,89 mètre. « Avant, il y avait des mecs qui prenaient de la place et je n’osais pas trop me situer à leurs côtés. Je ne prenais aucune initiative. Je me sentais petit malgré ma taille. J’en faisais trop et je me dispersais. Cette année, je suis beaucoup moins dans la construction du jeu, mais mon rôle est d’être là au bon moment pour récompenser le travail des gars. Je suis là pour planter. Je sens la confiance de tout le monde dans ce rôle-là et cela me motive. »

 

Enfin, et pour se limiter aux raisons principales de cette montée en puissance, Dorian Le Gall peut s’appuyer sur un corps au diapason du reste. Et pour lui plus encore que pour d’autres, cela n’a rien d’anodin. « J’ai souvent été blessé par le passé, raconte-t-il. Là, je n’ai aucun pépin physique. C’est la première fois cet été, depuis que je joue au foot, que j’ai fait une préparation entière et à fond. Je le ressens. Je me sens bien. Je mange aussi beaucoup mieux qu’avant. J’avais un rythme horrible, c’était Mc Do et kebabs… » Revenu à l’entraînement en juillet délesté de plusieurs kilos, Dorian Le Gall a ajouté à sa puissance naturelle un foncier lui permettant d’enchaîner les efforts. Pas étonnant quand on sait qu’il court le 10 kilomètres sous les quarante minutes. « Ce n’est pas fou, assure-t-il. D’autres font bien mieux dans l’équipe. »

 

« Impressionnant pour beaucoup de choses » (F. Dechaume)

 

Voilà pour les ingrédients d’une recette à succès dont le goût commence désormais à être bien connu en Régional 1. Dorian Le Gall a doublé successivement contre la MOS en ouverture (3-0), Pointe-Hague ensuite (0-3), puis Tourlaville il y a dix jours (3-2). Il a aussi marqué le but de la qualification pour le sixième tour de la Coupe de France samedi dernier à Flers. « C’est un joueur impressionnant pour beaucoup de choses, reconnaît Franck Dechaume, entraîneur de la Maladrerie. Il est athlétique mais capable de mettre beaucoup de buts d’une technicité intéressante. Il est très bon, très juste, chirurgical même. » Doté de qualités physiques qui lui permettent de jouer les premiers ballons au duel avec les défenseurs adverses (« j’adore ça, j’adore le combat », glisse-t-il), il est aussi en phase avec la qualité technique prônée par l’ASPTT Caen et ses gabarits plus légers. Ajouté à son repositionnement plus haut et à ses progrès dans la finition, on a vite un aperçu du niveau atteint en ce début de saison.

 

 

Franck Dechaume, observateur privilégié de son premier doublé en R1, en est persuadé : « il a un énorme potentiel ». Ce n’est pas Julien Le Pen, évoquant « un diamant brut à polir » qui dira le contraire. Ni bien sûr Laurent Dufour, persuadé que son poulain « en a sous le pied ». L’intéressé lui-même, qui arrive encore à se demander parfois s’il a le niveau pour jouer aux PTT, reconnaît une solide marge de progression. « Tactiquement, je pars de loin… Il y a beaucoup à revoir ! Je sais que j’ai du retard. Je masque plein de choses en faisant ce que je peux. » Mais pour Clément Pannier, toujours prêt à pousser son camarade, les axes de progression majeurs sont encore ailleurs. « Physiquement, il devrait être un monstre. Souvent, il se fait bouger en début de match, c’est à partir de ce moment-là qu’il réagit. Techniquement, il peut encore progresser devant le but, même s’il commence à être plus calme. Il doit être plus tueur. C’est un grand gentil. Il faut qu’il soit plus méchant. Quand il sera plus agressif, ce sera un autre joueur et il jouera au-dessus. »

 

 

Le championnat de France comme prochaine étape ? Dorian Le Gall est encore très loin d’y penser. « Je n’ai aucun objectif de performance ou de jouer plus haut, confesse-t-il. Quand j’ai commencé, c’était vraiment pour le plaisir. Je suis super bien dans mon club, tous les gars de l’équipe sont mes potes, et je profite du moment présent. Je n’ai pas d’objectif personnel si ce n’est celui d’aider l’équipe à gagner. » Mais l’ancien espoir du tennis, qui avoue nourrir de « gros regrets » suite à l’abandon de la petite balle jaune, n’en est peut-être qu’au début d’une belle aventure. 

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